A l’ombre des jeunes filles en fleurs Marcel Proust

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A l’ombre des jeunes filles en fleurs

“Cependant Mme Bontemps qui avait dit cent fois qu’elle ne voulait pas aller chez les Verdurin, ravie d’être invitée aux mercredis, était en train de calculer comment elle pourrait s’y rendre le plus de fois possible. Elle ignorait que Mme Verdurin souhaitait qu’on n’en manquât aucun; d’autre part, elle était de ces personnes peu recherchées, qui quand elles sont conviées à des «séries» par une maîtresse de maison, ne vont pas chez elle comme ceux qui savent faire toujours plaisir, quand ils ont un moment et le désir de sortir; elles, au contraire, se privent par exemple de la première soirée et de la troisième, s’imaginant que leur absence sera remarquée et se réservent pour la deuxième et la quatrième; à moins que leurs informations ne leur ayant appris que la troisième sera particulièrement brillante, elles ne suivent un ordre inverse, alléguant que «malheureusement la dernière fois elles n’étaient pas libres». Telle Mme Bontemps supputait combien il pouvait y avoir encore de mercredis avant Pâques et de quelle façon elle arriverait à en avoir un de plus, sans pourtant paraître s’imposer. Elle comptait sur Mme Cottard, avec laquelle elle allait revenir, pour lui donner quelques indications. «Oh! Madame Bontemps, je vois que vous vous levez, c’est très mal de donner ainsi le signal de la fuite. Vous me devez une compensation pour n’être pas venue jeudi dernier… Allons rasseyez-vous un moment.” (…)

À l’ombre des jeunes filles en fleurs est le deuxième tome de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust publié en 1919 aux éditions Gallimard. Grâce au soutien engagé de Léon Daudet, le roman reçoit la même année le prix Goncourt par six voix contre quatre pour Les Croix de bois de Roland Dorgelès

: 2020

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